Là-bas si j'y suis 7 / Yohann Gozard
Photographie
Gozard, Yohann
Le projet Là-bas si j’y suis, développé par Yohann Gozard, a interpellé le Département du Tarn-et-Garonne dans sa dimension sociale et graphique. L'artiste a participé en 2013 à une action de sensibilisation à la création contemporaine en collaboration avec La Cuisine, centre d'art et de design, le SPIP du Tarn-et-Garonne (Service Pénitentiaire d'Insertion et de Probation), et la Maison d'arrêt de Montauban, afin de concevoir et formuler ensemble un projet spécifiquement destiné à la population carcérale et adapté aux conditions de détention. Le cœur du projet reposait sur la rencontre entre les détenus et l'artiste autour d'un atelier photographique à la Maison d'arrêt de Montauban. L'objectif des ateliers mis en place à cette occasion était d'initier les détenus à la photographie, son histoire, sa technique et ses formes multiples. Les séances sont l'occasion d'échanger et de débattre autour de la notion de paysage, en lien avec le travail de Yohann Gozard. Les détenus ont dû concevoir la « commande » d'une série de prises de vues réalisées ensuite par l'artiste, hors les murs. En franchissant les limites de la prison grâce à cette commande d'images et à l'édition de cartes postales, un support généralement rattaché aux souvenirs, le projet permet de multiples aller-retour symboliques entre les détenus et le monde extérieur de la Maison d'arrêt.
Le paysage est un milieu, à égale distance, dans l’espace et le temps, entre le jour et la nuit, la lumière et l’obscurité. (…) Yohann Gozard incorpore le temps dans l’espace de la représentation avec la lumière et avec l’ombre corollaire. Il ne fait pas l’éloge d’une temporalité narrative mais d’une temporalité spatialisée, de la chair du visible, de l’ombre par la lumière et de la lumière dans l’ombre. ». (Source : extrait Bertrand Meyer Himhoff (2006) pour Pauses, édition Château d’eau, Toulouse « lumières limites, la vallée du Lot la nuit »)
- Description
- Photographie ; Digigraphie couleur ; 50 x 60 cm
- Date d'édition
- 2014
- Date d'entrée dans la collection
- 2015
- Droits à l'image
- © ADAGP, Paris
- Note sur l'artiste
- Yohann Gozard est né en 1977 à Montluçon, en France. Après des études en Arts Appliqués à l'Université de Toulouse Le Mirail et à l'Ecole Supérieure d'Audiovisuel de Toulouse, il se consacre à la photographie et à la création multimédia. Photographe, il apprécie les situations lumineuses particulières, en photographiant souvent des paysages nocturnes, ou aux conditions lumineuses ténues. Son terrain de prédilection est l'espace urbanisé, à travers lequel il s'interroge sur la relation à l'espace et au temps, à l'architecture et au paysage. Yohann Gozard participe à de nombreuses expositions collectives, notamment à la Maison des Arts Georges et Claude Pompidou à Cajarc, en 2015 et en 2022, ou au FRAC Occitanie Montpellier, en 2019. Il a droit à un certain nombre d’expositions personnelles, au Château d’Eau à Toulouse en 2006 et 2015, à la Galerie Spectrum SOTOS à Zaragoza en Espagne en 2009, à la Maison Salvan en 2014, ou au CRAC Occitanie à Sète en 2022. Ses œuvres font partie de plusieurs collections publiques et privées, et il a suivi plusieurs résidences et expériences pédagogiques, comme son Workshop Nocturnes, en 2010 aux Maisons Daura de Saint-Cirq-Lapopie avec la Maison des Arts Georges et Claude Pompidou, ou son projet Paysages invisibles, en 2023-2024 au Lycée Docteur Lacroix de Narbonne avec le FRAC Occitanie Montpellier.
Yohann Gozard travaille habituellement sur la périphérie des villes, « la France moche » des zones commerciales, pavillonnaire, de l’agriculture intensive. Son temps de pose est toujours très long (30 à 40 min comme dans les débuts de la photographie). Son point de vue est toujours un peu au-dessus car il se perche sur un escabeau. L’artiste dissocie son travail du rêve de destinations lointaines pour se concentrer sur le réenchantement de son environnement direct, au gré des errances automobiles et du temps. Presque exclusivement nocturnes, ses images sont les captures recomposées d'apparitions hallucinatoires au détour des routes. Elles stratifient l'expérience du temps qui s'étire, elles construisent dans des espaces génériques et anonymes des paysages singulièrement intimes. Car dans l'obscurité enveloppante de la nuit, pas d'horizon : la lumière seule définit la portée du regard et l'espace visible, recomposant au gré des réverbères quelques îlots de paysages isolés, autant de décors oniriques, de scènes de théâtre, de décors de films et de possibles histoires qui surgissent dans la banalité routinière des paysages quotidiens auxquels nous ne prêtons qu'une attention résiduelle et sans désirs.